18/12/2008

Lettre à une amie

medium_encrier.JPGFaisant du rangement dans mes archives, je suis tombée sur des pages arrachées d'un recueil, sans doute de rédaction, et en ai lu quelques unes. J'ai retenue celle-ci :

"Vous avez appris qu'une de vos amies a été vue rougissant de l'humble condition de ses parents. Ecrivez-lui sur un ton affectueux, mais sévère, à ce sujet."

 Voici la lettre :

Ma chère Fernande ,

J’ai reçu,hier la visite de notre amie Solange et ce qu’elle m’a raconté m’a tellement surprise et attristée que c’est à ce sujet que je t’écris.

Dimanche dernier, m’a-t-elle dit, vous êtes allées à la réunion annuelle des anciennes élèves de votre pension. Les mamans étaient invitées. Elles vinrent, nombreuses et élégantes . La tienne vint aussi, toute heureuse de jouir de ton propre plaisir et de ton succès.

Tes excellents parents sont des cultivateurs qui vivent entourés de l’estime de tous. Mais il paraît qu’auprès de la robe du soir de Mme X…, des diamants de Mme Y… et de l’assurance mondaine de Mme Z…, le costume austère et la simplicité de ta digne mère n’ont pas suffisamment flatté ta vanité, car tu as fait une chose si vilaine que je me serais refusée à la croire possible, si ce n’était la bonne Solange qui me l’a racontée.

Comme Josette, toujours gracieuse, et sa maman, la brillante Mme C… avaient manifesté le désir d’être présentées à ta mère, tu leur as répondu, en rougissant et très gênée, que tu ne la voyais pas dans l’assistance, alors qu’elle était à quelques pas de toi ;et toute la soirée tu as évité de te montrer à ses côtés, rusant et louvoyant pour fuir sa compagnie.

Tu dois comprendre combien cet incident m’a causé de peine. Je t’aime trop, ma chère amie, pour ne pas te dire franchement ce que je pense de ta conduite dans cette circonstance : ce que tu as fait là est très mal.

Du fait que la situation de tes parents est modeste, ils ont été d’autant plus généreux en te faisant donner une éducation supérieure à la leur. Ils l’ont fait au prix de fatigues et de sacrifices qu’ils n’ont pas comptés. Mais ce n’est pas seulement par son ingratitude que ta conduite n’a pas été belle ; tu as commis aussi une grave erreur d’observation. Penses-tu donc que les gens intelligents jugent leur prochain sur une situation sociale plus ou moins brillante ? Si quelques têtes folles se laissent prendre à ce qui éblouit, les esprits sensés nous apprécient pour nos mérites, pour notre valeur morale.

Loin donc d’avoir à rougir de tes parents, tu peux être fière de te montrer à leurs côtés ; que ne t’es-tu rappelé, ce soir là, que le Général Drouot, estimant n’avoir point à renier sa modeste origine, présenta à l’Empereur l’humble boulanger son père, vêtu d’une blouse et chaussé de sabots !

Réfléchis, maintenant, chère Fernande, à ce que je viens de te dire, et je suis certaine que tu témoigneras désormais à tes parents une affection d’autant plus grande que tu as plus à te faire pardonner.

Ne vois dans la franchise un peu sévère de ma lettre qu’une preuve de ma sincère affection, et reçois mes meilleurs baisers.

 

Commentaires

si si si , bien des gens "intelligents" jugent.... intelligence ne veut pas toujours dire compréhensif, tolérent... je l'ai appris à mes dépends, à l'école aussi.

ne pas faire d'angélisme ! il n'y a qu'à entendre certains gémir sur la voie d'entrée des gamins "zep" à sciences po ! (et bientôt dans d'autres écoles) pour voire que la discrimination sociale a de beaux jours devant elle.

ta note est interressante, elle force à la reflexion sur un sujet brulant.

amitiés

béatrice

Ecrit par : beatrice | 19/12/2008

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